Par le biais de l'association Patrimoine et Poésie, Serge Dejean défend le patrimoine végétal et architectural des allées Niel. Il donne pour le Petit journal son point de vue quant aux derniers événements :
Qu'on le veuille ou non, la ville de Muret est agitée par la question de la construction d'un parking souterrain qui impliquerait l'abattage de près de la moitié des platanes centenaires des allées Niel. Dans un souci apparent de discussion, la municipalité a organisé une concertation publique et les muretains ont été invités pendant trois jours en juin à donner leurs avis et leur réflexions. On peut lire sur quatre pages environ ces réflexions sur le blog du Collectif
« Sauvons les platanes à Muret. » La lecture en est admirable.
Très souvent les politiques prennent les simples citoyens pour des imbéciles qu'on pourrait conditionner et manipuler. Ici c'est le contraire. Le muretain de base insiste sur les solutions alternatives, s'indigne avec des mots très justes du saccage, et s'interroge sur les intérêts privés … L'honnête homme a alors plus de curiosité que le journaliste professionnel ! Le citoyen lambda a plus d'intelligence que le vieil intellectuel de service imbu de lui même.
Malheureusement, la réunion de conclusion qui s'est tenue le 29 juin - comme il était facile de le prévoir - a été décevante. La présentation par la municipalité est devenue une machine de guerre argumentative pour en rester au statu quo. La concertation n'a servi à rien. Comment en aurait-il été autrement puisque dès le départ le maire André Mandement avait déclaré « Ma décision est irrévocable » Alors pourquoi organiser une concertation ? Uniquement pour la forme ?
Il y a un réel problème dans la déformation de la démocratie. Il peut y avoir des institutions démocratiques, mais elles peuvent aussi être perverties par des stratégies de pouvoir.
- Par exemple des conseils de quartier où l'on prétend donner la parole aux citoyens, mais où on noyaute la réunion publique avec des militants dévoués à une seule cause.
- Par exemple la liberté d'information malmenée par un journal de grand tirage à la propagande habile, et des journalistes aux liens étroits avec les élus, qui ont été notamment amis de jeunesse puis collègues de profession et surtout compagnons de route politiques dans le même parti.
- Par exemple le monopole systématique des postes de pouvoir grassement subventionnés, la balance devenant alors inégale entre la majorité qui bénéficie de services de communication, et de moyens de « chantage » et l'opposition qui doit se débrouiller...
- Par exemple le clanisme et le sectarisme des conseillers municipaux, qui une fois au pouvoir deviennent pire que leurs anciens adversaires. Ces risques de détournement finissent par écoeurer le peuple, le privent de parole, et génèrent de l'abstentionnisme ou de l'adhésion aux extrémismes.
Serge Dejean
